Esprit critique et vérité #2 : La zététique et moi

J’aimerais aujourd’hui écrire un article pour faire suite à celui que j’ai publié il y a six mois, « Esprit critique et vérité », et faire un petit bilan de mon parcours et de mes réflexions depuis que j’ai découvert le monde merveilleux de la zététique…

Il est encore vachement trop tôt pour moi de me considérer comme une « zététicienne », bien que j’avoue, je n’ai pas en tête une définition exacte du terme. Et même s’il y en a une, je préfère prendre mon temps, pour continuer à faire mon bout de chemin, me documenter, me familiariser avec le concept, me l’approprier, et surtout, m’appliquer à bien le faire. Tranquille. On n’est pas pressé. Par ailleurs, je suis encore moins apte à produire du contenu zététique à l’heure qu’il est, d’autant qu’il y déjà des gens qui font ça très bien et que je n’aurai rien à y apporter. (Mais un jour peut-être, qui sait ?)

Pour voir où j’en suis, j’ai relu mon premier article. Je trouve qu’il est très mignon, mais un peu naïf, et il y a des idées qui, à mon humble avis, ne sont pas tout à fait correctement formulées, voire pas correctes tout court. Je ne vais pas en faire un débriefing complet, mais en tout cas c’est une constatation très positive puisqu’elle signifie que j’ai évolué entre temps. Et puis malgré ses défauts et son immaturité sur le sujet, c’était un article plein de bonne volonté. Pour toutes ces raisons, je l’aime bien, et j’en suis toujours contente.

Quand je l’ai écrit, et je pense que ça se ressent, j’étais dans une phase de grand chamboulement et de confusion. Mon monde était en train de se transformer. Bon, ça a l’air très grave dit comme ça. En fait, ça n’a pas totalement changé le cours de ma vie, mais c’est quand même un stade important. Je pense que si l’évolution de croyant à sceptique est le schéma le plus courant, le chemin inverse me paraît plus difficile. Je dis ça sans recul aujourd’hui parce que j’ai le pif en plein dedans, mais ça me semble plutôt logique.

Quoiqu’il en soit, à ce moment j’étais un peu en chantier, avec dans les mains les morceaux de mes représentations mentales qui venaient de se casser la gueule, en train d’essayer de les reconstruire et de remettre les briques au bon endroit. Pour la métaphore poétique, ça fera 2€. Concrètement, je trouvais que c’était extrêmement compliqué d’être sceptique, de toujours devoir prendre sa pelle, examiner l’information, chercher des sources, déterminer leur fiabilité, leur pertinence, tirer une conclusion de tout ça avec mes petites méninges toutes molles, et à chaque seconde, me poser la question : « Mais en vrai, qu’est-ce que putain de quoi que la vérité ?? » Oui, en fait, ce qui me fatiguait le plus, c’était surtout que je ne savais pas vraiment ce que je cherchais, la notion de vérité me paraissant vachement trop vague pour que je puisse espérer la trouver un jour.

Ce que je constate, c’est qu’aujourd’hui, je me prends beaucoup moins la tête. Je ne veux pas crier victoire trop vite, mais je crois avoir à peu près réussi à mettre mon cerveau dans le bon sens, et j’ai l’impression qu’avec un peu de pratique, ça devient plus clair. Des mécanismes se mettent en place. On apprend certaines règles. Y’a pas de secret, je me suis baignée dedans, et je me suis laissée imprégner par la méthode. Ah, et je ne cherche plus la vérité. Hé ! Pas bête, hein, comme astuce ? Enfin, disons plutôt que je ne la cherche pas à tout prix. Je cherche d’abord les faits. Et puis après, la vérité, hein, inch’Allah, ça viendra si ça veut venir.

De toute façon il faudra que je me penche un peu plus sur cette coquine de vérité parce que là, je suis toujours pas à l’aise avec, alors je pense que c’est mieux de la laisser où elle est, me concentrer sur les faits, quitte ne pas avoir de certitudes. Par exemple, pour l’instant je préfère ne pas avoir d’avis sur l’homéopathie, sur les vaccins, ou autres questions que je ne maîtrise pas. Même celles pour lesquelles la majorité de la communauté zététique semble d’accord. Parce que je considère important ne pas prendre pour parole d’évangile tout ce que me dit un zététicien, sous prétexte qu’il est zététicien, et tomber dans le piège du dogme – ce qui, vous en conviendrez, serait plutôt inconvenant dans ce domaine…

Voilà qui fait une belle transition pour vous confesser que je passe mes journées à regarder La Tronche en Biais, et que je devrais peut-être songer à aller me nourrir un peu plus souvent à d’autres râteliers. Non pas que leur apport soit insuffisant, mais que dans le principe, c’est toujours mieux, comme je l’ai dit et le maintiens, de garder l’habitude de s’exposer à des angles et à des discours différents pour ainsi entretenir sa souplesse… J’ai fait une jolie phrase mais c’est juste pour expliquer que bouffer de la TeB dès le petit-dej, penser TeB, respirer TeB, porter des slips TeB, ben ça me fait plaisir, mais du point de vue de la démarche zététique c’est pas ce qui me fera le plus avancer.

Blague à part, j’en profite pour vous parler un peu de la Tronche en Biais parce que ce sont des gars que j’apprécie beaucoup, pleins de bonne volonté, qui fournissent un travail respectable et, selon mon opinion personnelle, socialement utile. De plus, l’ambiance conviviale, jeune et spontanée, est un bon atout pour intéresser le public d’Internet à un concept qui peut ne pas être très sexy selon la façon dont on le présente. Personnellement, je passe toujours un bon moment à écouter causer ces deux petits boutes-en-train, frais comme des gardons, et qui plus est, intelligents. Moi, les gens intelligents, vous savez, ça m’émoustille.

Ce qu’on pourrait leur reprocher – parce que personne n’est le messie, ça on l’a compris -, c’est qu’ils ont l’air, et peut-être que je me trompe, de s’adresser à un public déjà plus ou moins convaincu, en tout cas qui ont accepté l’idée de scepticisme, parce que leur humour parfois très sarcastique n’est pas le meilleur moyen de convaincre les autres. Je pense notamment à leurs conférences qui sont (en plus d’être instructives, naturellement) vachement drôles, ça c’est sûr, moi ça me fait marrer, mais quelqu’un qui n’est pas du même avis risque plus de s’offusquer qu’autre chose. Ils ont aussi un côté « à l’arrache » dont ils jouent, qui pourrait être interprété comme un manque de sérieux par certains. Moi j’aime bien, c’est rigolo et je ne trouve pas que ça altère le fond du contenu. Mais chacun se le voit.

La question de la façon de parler de zététique aux gens est importante et c’est même une problématique – intéressante, soit dit en passant. Le scepticisme a quand même quelques conséquences dans la vie sociale. J’ai réalisé à quel point les gens, parfois, disent de la merde. Des phrases qui me paraissaient autrefois tout à fait normales me font aujourd’hui tiquer. Mais je n’ai pas pour habitude de rentrer dans des débats. Déjà parce que j’aime pas les débats, ça me fatigue. Et aussi parce que les rares fois où je m’y suis hasardée, je me suis rendu compte que je n’avais pas encore de connaissances suffisamment solides pour mener de telles conversations. La seule chose que j’ai réussi à faire, c’est passer pour une meuf relou et étroite d’esprit.

C’est fâcheux. J’ai des défauts comme tout le monde, mais l’étroitesse d’esprit n’en fait certainement pas partie. J’admets qu’on peut rencontrer des zététiciens un peu rigides de caractère. Cependant ce n’est qu’un caractère. Le scepticisme n’implique absolument pas d’avoir l’esprit fermé. J’aurais même tendance à dire le contraire. Savoir remettre en cause ses certitudes est pour moi plus proche de l’ouverture que s’y accrocher coûte que coûte… De plus, on s’imagine beaucoup que la zététique c’est pas très rigolo. Je conçois. Mais quand on s’intéresse un peu aux sciences, on se rend compte que c’est pas vrai. Il existe déjà suffisamment de trucs dingues, pas besoin de s’inventer des histoires de fantômes !

En fait ce qui m’embête le plus, c’est de me retrouver soudain en désaccord avec certains membres de mon entourage proche. Voire en décalage complet. Mais c’est pas si grave. Pas question de juger les gens. J’évite simplement de me mêler à certains sujets de conversation, je vais plutôt prendre un pastis, et tout se passe bien.

Au fond, ça ne change pas qui je suis. Je reste une hippie poilue. Et finalement, je me sens bien plus libre comme ça.

Prenez soin de vous et de votre tête,

Annaboule

Image : Rembrandt, Philosophe en méditation, 1630 (moi quand je sais pas quoi me faire à manger)

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